Vivre en harmonie avec son cycle

Surfer le cycle, danser les vagues

La recherche d’une meilleure connaissance de son corps cyclique ouvre la voie à la connexion intime et profonde avec soi-même. Dans cet article, paru dans la revue Rêve de Femmes en 2013, Jacqueline Riquez décrit le chemin de développement personnel que le cycle féminin nous ouvre.

Nous devons être le seul organisme sur la planète qui ne vit pas en harmonie avec les saisons. Le renard, le requin et le rouge-gorge n’ont pas besoin de lire cet article : ils savent instinctivement ce que nous, les humains, avons oublié, ce que nous cherchons à réapprendre. Comme tout bon apprentissage, se mettre en harmonie avec les cycles de la vie est un chemin. Les premières notions sont appréhendées par la tête, mais c’est grâce à un éveil lent et progressif que nous arrivons à épouser une nouvelle approche à la vie. Il faut du temps pour que cette vision nous imprègne, que nos corps la ressentent, qu’elle devienne incarnée.

La saisonnalité ne figurait pas dans mon parcours classique où nous mangions les mêmes plats pendant toute l’année. Quand j’ai commencé à m’alimenter selon les saisons il y a treize ans, c’était un concept purement mental, impulsé par un désir de réduire mon impact environnemental. Petit à petit, cette conscience s’est installée dans mon corps : je ressens que mes besoins alimentaires varient au fil de l’année. Certes, les mois de pénurie à la sortie de l’hiver sont rudes, mais mon corps ne désire plus les fruits d’été à cette période-là, pas plus que je ne désire mettre une doudoune au mois d’août.

À 17 ans, le généraliste m’a mise sous pilule, une mesure censée me libérer dans ma sexualité. Ces comprimés magiques garantissaient que je ne deviendrais pas mère avant l’heure et même, selon les conseils du gentil docteur, je pouvais enchaîner des paquets pour zapper la menstruation. Extra! Mon cycle était ainsi aplati, plus de montagnes, plus de vallons, plus de conscience. Quand j’ai arrêté de prendre la pilule 16 ans plus tard, j’ai commencé à apercevoir les messages de mon corps, jusque là étouffés : ma libido s’est réveillée de son sommeil sous hormones artificielles, les maux de têtes se sont arrêtés. J’ai découvert le ressenti de mes ovulations et les fluctuations du désir. Ma conscience du cycle tournait exclusivement autour de la contraception et la fertilité. Il m’a fallu encore huit ans pour que le réveil s’achève.

La vraie découverte fut que les quatre saisons défilent chaque mois dans mon cycle lunaire. Au moment où j’écris, ce cycle  me convoque, m’appelle à « rentrer chez moi », comme dit Clarissa Pinkola Estés¹. Cet article est la dernière tâche à accomplir avant que je ne descende dans ma grotte menstruelle. Je ressens la tension exquise entre cette fin d’automne intérieur, mon désir de retourner à la terre, d’écouter l’attraction de la gravité et puis le printemps dehors, ciel azuré, 25°C, les fleurs de cerisier qui chevauchent la brise. La Nature se réveille et moi, j’ai envie de me coucher. Mais la roue tourne, et d’ici une semaine, je ressentirai la vigueur splendide, quand mon printemps et celui de la Mère Nature seront alignés.

La rigueur mentale était la première pierre, la volonté de suivre mon cycle, de noter toutes les vagues qui déferlaient en moi. Je constatais l’influence des rythmes solaires et lunaires, je creusais l’archétype de l’Enchanteresse qui m’habite. Maintenant, les grands mouvements d’expansion et de contraction cycliques me traversent. Pendant l’hiver et l’été de mon cycle, je reçois les énergies solaires et lunaires. Pendant les deux autres phases, je suis amenée à les transformer : ce que j’ai cultivé au fond de mon être pendant mon hiver, je l’amène à la lumière, je l’offre au monde; l’abondance de l’été, je la transforme en terreau riche et fertile, destiné à me nourrir pendant mon hiver. Le fait de donner mon sang à la terre chaque mois et de constater son effet nourricier sur les plantes m’a permis de contacter intimement mon rôle dans le cycle de la vie. Notre cycle, comme celui de la Nature, nous apprend qu’il y a un temps pour donner et un temps pour recevoir, un temps pour le vide et un temps pour le plein. Cet équilibre est vital dans la vie d’une femme mais souvent, on nous a appris à donner sans mesure, sans relâche.

J’ai apprivoisé mon cycle, j’ai appris à le connaître. Je ne m’attendais pas à ce qu’il m’apprenne à me connaître, pourtant c’est ce qui est arrivé. Le comportement de mon cycle me donne des retours uniques sur moi et ma vie, comme un baromètre de mon temps interne. Chaque symptôme, chaque dérèglement de ma norme me parle, comme l’ultime outil de décodage biologique. L’interconnexion de mes saisons devient apparente : comment une ovulation sans créativité donne lieu à une menstruation douloureuse; comment un hiver menstruel sans hibernation se traduit dans l’épuisement et la douleur au milieu du cycle. La signification d’un cycle court ou d’un cycle long, la menstruation à la Nouvelle Lune ou à la Pleine Lune, la couleur et la qualité de mon sang – tant d’indices qui nourrissent cette connexion profonde avec moi-même.

À chaque lunaison, ma connaissance de ma nature cyclique s’approfondit. Au début, il s’agissait d’apprendre à surfer mon cycle, à me retrouver dans ses mouvements, à rester debout quand les vagues déferlaient. Mais une fois que cette conscience est installée, vient la meilleure partie, celle qui me passionne : j’ai découvert que je peux danser entre les vagues. Je peux goûter aux multiples variations de l’expérience, chacune colorée par ce que je vis dans mon cycle. Qu’est-ce que c’est que danser quand je suis pré-ovulatoire? Faire l’amour quand je suis pré-menstruelle? Jouir quand j’ovule? Peindre pendant la menstruation? L’expérience est forcément différente et quand elle est vécue dans la conscience, elle est tout aussi savoureuse que les premières cerises, les tomates du jardin ou les châtaignes cuites sur le feu.

Un jour la ménopause toquera à ma porte, et j’aurai à me caler dès lors sur la ronde de Notre Dame la Lune. Mais d’ici là, je continuerai à vivre mon amour pour cette mystérieuse compagne de la route, mon alliée précieuse, qui m’a appris à surfer et danser.

¹ Femmes qui courent avec les loups, chapitre 9, Clarissa Pinkola Estés

Approfondir la connaissance de sa nature cyclique

Depuis 2011, Jacqueline Riquez propose Les Voies Féminines, une série de stages pour aider chacune à rencontrer sa nature cyclique et s’harmoniser avec les cycles de la nature. Chaque saison on se retrouve dans des beaux lieux dans la nature (cette année dans le Gard, dans la région lyonnaise et dans l’Haut Jura) pour explorer les élans des différentes phases du cycles féminin et lunaire par le biais de la parole (sous Tente Rouge), de l’expression créative, de la mise en mouvement et du rituel. Pour en savoir plus, vous pouvez lire les articles La Spirale de la Vie et Un Chemin vers Soi. Vous pouvez également contacter Jacqueline Riquez à contact.entente@gmail.com ou au 06 19 07 27 25.

 

 

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