Quel monde choisissons-nous?

IMG_20160612_134544063[1]J’émerge ce matin, cassée et courbaturée après un magnifique festival Féminaissance. Deux jours passés dans un petit sanctuaire de bonheur, co-créant le monde dans lequel je désire vivre.

C’était vraiment une bulle, car dedans j’étais déconnectée de ce qui se passait ailleurs dans le monde, et ce n’était que sur la route de retour, en conversation avec ma cousine américaine que j’ai su ce qui se passait en Floride pendant que je prenais mon petit-déjeuner. En novembre, lors du Salon Féminaissance, nous étions encore sous le choc de l’attentat à Paris de la semaine précédente. Cette fois-ci, nous avons été préservées dans notre petite bulle où notre souci principal était comment passer d’un bâtiment à un autre sans être trempée.

Impossible donc de faire abstraction ce matin du contraste saisissant entre ces deux mondes, d’autant plus quand je lis que le candidat présidentiel met de côté son mépris pour la communauté LGBT pour diaboliser un autre groupe qu’il hait encore plus. Quelle réponse à des actes haineux? Plus de haine ou moins?

Ce weekend, comme à chaque Féminaissance, Laurence et moi avons pu observer les changements dans les femmes présentes, entre le moment de leur arrivée, les corps contractés, les visages un peu méfiants, chacune un peu sur ses gardes ; et la fin du festival, où la posture et l’apparence témoignent de décontraction et d’ouverture. Pourtant, rares sont les femmes qui arrivent prêtes à cette ouverture… Notre culture nous a appris à nous méfier, même d’autres femmes. Quand « le féminin dénaturé » domine dans une culture, les rassemblements de femmes ne sont rarement des lieux de sécurité – nous nous attendons à la mesquinerie, à la compétition (surtout pour le regard de l’homme), aux jugements, à la méchanceté. Les femmes arrivent avec leurs carapaces s’attendant au pire.

Elles ne s’attendent pas ce qu’elles découvrent à Féminaissance : harmonie, sororité, entraide, légèreté – la communauté dans le vrai sens du terme.

Une vraie communauté n’exige pas que tous ses membres soient identiques, ayant les mêmes goûts, désirs et valeurs. Une vraie communauté se construit à partir d’individus différents, où leur différence n’est pas simplement tolérée mais intégrée comme une richesse. Les villages d’autrefois n’étaient pas des utopies où chacun pensait pareil : ils étaient des communautés où chacun avait un rôle, qu’il soit guérisseur ou chasseur, éleveur ou enseignant, meunier ou mécanicien. Tôt ou tard, chacun aurait besoin de l’autre, et il n’avait pas besoin que le cordonnier vote pareil que lui pour lui permettre de réparer ses chaussures.

La fracture de nos sociétés, le fait que nous vivons dans un monde trop vaste pour nous, où nous ne connaissons pas nos propres voisins, fait que nous nous retranchons derrière nos similitudes. La différence devient notre ennemi, elle nous menace parce qu’elle met en lumière notre isolement, notre manque d’appartenance. La recherche d’identification parle de ces manques de connexion, des manques dont nous sommes à peine conscients.

La blessure d’aliénation permet de diaboliser l’autre. Et la solution n’est pas de nous déconnecter de ce qui est différent de nous. Au contraire.

La connexion fait que nous ne pouvons pas faire du mal à autrui, car nous reconnaissons qu’il est fils de, sœur de, ami de, cousine de… ou bien nous imaginons que cette personne est une mère, un père, un enfant, un être humain. C’est la déconnexion qui permet que des militaires larguent des bombes à des milliers de kilomètres grâce aux drones. Derrière leurs consoles, ils n’ont pas à entendre les pleurs des familles endeuillées ni sentir l’odeur de la destruction carnassière.

Nos réseaux sociaux, malgré leurs écueils, témoignent de notre désir instinctif de retrouver ces connexions. Les démarches telles le covoiturage ou l’hébergement à domicile, même LeBonCoin et Airbnb sont nos petits efforts de recréer une échelle humaine dans un monde trop vaste.

Féminaissance ajoute sa petite pierre à cette édifice. Aussi imparfaite qu’elle soit, elle a amélioré en quelque sorte la vie d’une petite centaine de femmes ce weekend. Je choisis un monde de connexion et de reliance.

par Jacqueline Riquez

 

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